Interview de Mr Portelli PDF Imprimer Envoyer
Les news de la Corpo - Le Canard d'Assas
Écrit par Eric   
Lundi, 14 Décembre 2009 10:50

C .A : Tout d’abord Monsieur Portelli vous avez une expérience professorale et politique assez impressionnante, comment en êtes vous arrivé la ?


HP : Tout d’abord je suis un pur produit d’Assas. J’ai rejoint la faculté de Droit à Paris et j’ai suivi un double cursus à Paris 1 et Paris 2 : la science politique à Paris 1 et le droit à Paris 2. Par la suite j’ai préparé ma thèse, je suis devenu assistant et j’ai été recruté à Paris où j’ai enseigné longtemps, puis devenu maitre de conférences. Par la suite je suis passé par l’agrégation, en sciences politiques, à 28 ans. Comme tout le monde j’ai du passer 3 ans en province, à Perpignan (rires), et je suis retourné a Nanterre très vite, et ce jusqu’en 1992. Enfin, sur les conseils de nombreux amis venant de Nanterre, j’ai candidaté à Paris II et j’ai été accepté.

Pour ce qui est de la politique j’ai toujours eu un fort gout de l’engagement, que ce soit dans l’associatif, la politique. Mon mandat électif est relativement récent. Dans ma commune d’Ermont le marie est venu me chercher. Je n’avais aucun espoir de gagner mes les deux autres candidats favoris se sont entretués dans une cantonale. Entre temps Jérôme Jaffrey qui était le patron de la Soffress m’a demandé si j’étais intéressé par les sondages du cabinet d’Edouard Balladur. Je me suis donc retrouvé deux ans conseillé du premier ministre ce qui fut très enrichissant car j’étais le collaborateur d’un ministre de cohabitation très puissant. J’ai donc vu fonctionner l’appareil gouvernemental. Je suis donc devenu maire de ma commune à la fin de l’année 1996. Je trouve cela passionnant, je côtoie mes concitoyens tous les matins dans le RER, en plus cette ville est très intéressante car très mélangée. Les hlm côtoient les pavillons résidentiels, la population est très mélangée. J’aime beaucoup cette diversité, cela correspond à mon engagement fondamental qui est l’engagement chrétien d’où découle beaucoup de choses, mais l’engagement humain pour moi c’est le plus beau. Mais une chose est sur, en politique il faut beaucoup de connaissance en droit administratif ! (rires). Mais on a fait évoluer beaucoup de choses, des partenariats solidaires avec les maisons d’arrêts, des laboratoires juridiques à la maire … Le Sénat est lui aussi arrivé de façon un peu plus inattendue, c’était à une époque ou on à fait appel aux élus locaux plus qu’aux députés, j’ai eu aussi la chance de voir ma candidature portée au vote avec une sorte de mini-campagne que j’ai gagné en 2004. Et depuis je travaille à la commission des lois, et depuis 2008 aux affaires européennes. Travailler dans ces commissions est très intéressant quand on enseigne le droit constitutionnel.


 

C.A : Dans quel type d’université évoluait les juristes quand vous étiez étudiants ?


H.P : Tout d’abord il y avait beaucoup moins d’étudiant mais la distance entre les étudiants et les professeurs était immense. J’ai vécu le passage au contrôle continu, cette expérience m’a passionné. Depuis toujours je suis admiratif de toutes les méthodes pédagogiques modernes, et j’ai donc été assez déçu par des gens qui avait a cette époque un comportement très figé, très attaché à leur privilèges. J’avais par exemple proposé le partage des td et cours magistraux, ce qu’ils ont refusés, ça a d’ailleurs refroidit mon idéalisme ! Aujourd’hui je dirai que l’ambiance est meilleure, le contact avec les étudiants est facile, après il subsiste toujours quelques comportements personnels regrettables, mais ce n’est pas trop le cas à Assas. On est au début d’une mutation énorme et qui sera dur à négocier.


C .A : A quoi ressemblait l’étudiant Hughes Portelli ?


H.P : Oh il était très travailleur, complètement coincé comme un moine dans ses études (rires), et je n’étais pas le seul. Mai 68 nous à pas mal décoincés d’ailleurs ! Ca a été l’exutoire de tout ce qui était bloqué dans la société durant des années. J’ai d’ailleurs connus des expériences inoubliables ; j’avais des professeurs marxistes, communistes en 67 et qui sont passé à l’extrême droite en 68 car ils étaient attachés à un modèle autoritaire. Par la suite on a eu droit à une période difficile en amphi, une période de forte politisation. Ce sont des expériences troublantes aussi bien en temps qu’élève ou que professeur mais au moins ca vous forme !

 


C.A : Pourquoi avoir voulu devenir Professeur et pourquoi spécifiquement de Droit Constitutionnel.


H.P : J’ai toujours aimé transmettre, des connaissances, des valeurs… Pour moi l’enseignement était ma vocation. En fait j’ai toujours voulu enseigner sois en maternelle sois en fac ! C'est-à-dire des endroits où on est créateur ! En maternelle on fait absolument tout avec des enfants qui s’éveille, et c’est un peu pareil à la fac car les étudiants sont à la fin d’une époque, avant la vie active. Mais j’aime surtout le changement, j’ai fait beaucoup d’histoire politique, puis de la sociologie politique, du droit européen, et enfin depuis 5 ans je fais beaucoup de droit constitutionnel. Mais je continue à faire aussi beaucoup de droit public comparé. Les études comparatives me passionnent. Mais vous savez rien ne dit que dans 3 ou 4 ans je serais encore dans cette matière ! J’ai eu aussi pas mal de périodes de recherches (vice président de la recherche a Nanterre), puis du travail en laboratoire, enfin j’aime bien changer ! D’ailleurs ce qui me plait dans l’université c’est que les étudiants changent tous les ans ! C’est toujours un public jeune et enthousiaste. Les générations changent, les modes de vies aussi et les modes tout court aussi d’ailleurs !

 


C.A : Parlons un peu plus de votre matière. Comment percevez-vous les récentes et nombreuses évolutions du droit constitutionnel, en matière parlementaire par exemple ?


H.P : Elles sont très intéressantes, mais potentiellement. Certaines avancées étaient attendues depuis longtemps comme la question préjudicielle. Mais il faut savoir comment l’appliquer, notre système majoritaire étant très verrouillé ces réformes vont mettre du temps à entrer dans les mœurs. Et j’espère à titre personnel qu’elle ne sera pas phagocytée d’entrée…

 


C.A : Vous le professeur de droit constitutionnel, quels conseils donneriez vous aux étudiants qui découvrent l’université et qui veulent y réussir ?


H.P : L’avantage de l’université c’est la liberté, mais il faut la maitriser, ne pas se laisser dominer après l’encadrement du lycée. Il faut une forte autodiscipline. Il faut tout de suite s’y mettre, les temps sont brefs, les examens arrivent rapidement, et la fin de l’année encore plus. La première chose à faire c’est d’apprendre la méthode, pour la plupart le droit est une grande nouveauté, une « langue étrangère » qu’il faut apprendre en très peu de temps. Il faut acquérir la méthode du droit, son vocabulaire, son discours, et cela très rapidement. C’est évidement la même chose en économie. Alors il ne faut pas hésiter à consacrer énormément de temps à ce travail précis. Après il faut calculer, prendre en compte l’importance des grosses matières, de celles qui le sont moins. Le droit civil par exemple est totalement fondamental ! Le droit constitutionnel est intéressent, mais les choses sérieuses commencent en administratif en L2. Au final malgré la charge de travail il y a peu de matière, il faut donc s’investir totalement. Les études sont un sprint qui commence en octobre et finit en juin, il faut démarrer immédiatement. Il ne faut pas non plus oublier les activités annexes, le tutorat est excellent pour assimiler les méthodes par exemple. Il faut aussi continuer à travailler sa culture générale, s’entretenir, suivre l’actualité, voir ce qu’il se passe autour de soi. Le droit est vivant, un après midi au tribunal ne coute rien ! Les stages d’été sont des bonnes choses aussi ; Il faut voir vivre ce que l’on étudie.


C.A : Si vous étiez étudiant aujourd’hui quel place accorderiez vous à la vie d’à coté de la fac.


H.P : Je pense que c’est un souci de tempérament. Certains travaillent vite d’autre lentement. Si on travaille vite on peut évidement s’accorder des moments pour faire du sport, des loisirs, etc. Mais si on est un peu plus lent où consciencieux sur son travail, ce qui est bien aussi, il faut être plus prudent. Mais il n’y a pas de règles, l’important est de ne jamais se polariser sur quelque chose. Faire du sport, sortir, se consacrer aux autres est important !

 


C.A : Les demandes d’inscriptions ont explosés cet été à Assas, quels sont les avantages de notre université pour les étudiants ?


H.P : Cette maison est sérieuse, tout le monde est traité de la même façon, il n’y a pas de privilèges. Regardez par exemple en première année on trouve de tout ! Mais tout le monde passe aussi par le même moule. A Assas on est exigent mais on accorde aussi beaucoup de moyens. Personnellement je ne suis absolument pas élitiste, je suis pour que l’on tire un maximum de gens vers le haut. L’élite doit aider les autres et non se couper, elle doit tirer les autres vers eux, c’est ça aussi la démocratie. On est sérieux, on à des gens motivés et du coup, oui ça attire du monde en ce moment. Pour prendre un exemple rapide, en ce moment (ndlr : mois de juin) nous sommes en double correction, et bien il y à des campus où la correction tout court est faite vraiment à la va vite. Paris 2 est une maison professionnelle, les enseignants ont un très bon niveau et sont professionnel tout au long de l’année. C’est inadmissible que ca ne soit pas le cas partout !

 


C .A : Vous Hughes Portelli, comment vous placez vous par rapport à la politique actuelle de Paris 2 et de son président ?


H.P : Tout d’abord laissez moi dire que je suis très content de notre président Louis Vogel. Je ne suis donc absolument pas déçu, l’université bouge. Je ne suis évidement pas d’accord avec tout ce qu’il se fait, mais on n’est pas coincé dans l’immobilisme. La période est propice à la mobilité, avec l’autonomie, l’ouverture à l’international, si on a pas cette mobilité on est mort ! Il faut bouger mais avoir une ambition raisonnable. Il faut partir de nos points forts et il faut essayer de rayonner et de fédérer les autres. Paris II seul ne peut pas grand-chose. Il faut être en réseau, aussi bien à l’échelle nationale et internationale. Il faut aussi se projeter dans l’avenir, quels seront nos besoins dans 10 ou 30 ans ? Comment les fournir aujourd’hui ? Mais c’est la tradition de Paris 2 cette gestion paye, je suis toujours étonné de voir le nombre d’ancien étudiants d’Assas qui sont aujourd’hui a des postes importants.

 

 

C.A : Projetons nous enfin, dans l’avenir proche, quel conseil donneriez vous à votre amphi, et donc à vos étudiants de 2009/2010 ?


H.P : L’important est d’avoir une ouverture internationale. C’est important de continuer l’anglais, et d’apprendre l’anglais juridique. Puis il faut travailler aussi son esprit à l’international, aux études comparatives, aux systèmes politiques internationaux. Enfin il faut travailler son histoire, je suis toujours sidéré de voir que pour certains De Gaulle et Vercingétorix c’est pareil… On perd donc du temps à revisiter cette histoire la.

 


C.A : Une idée pour finir ?

H.P : Absolument, quelque chose me tient à cœur, c’est l’avenir des étudiants. A partir de la troisième année les étudiants doivent avoir leur carrière professionnelle en tête, il faut multiplier les stages dans les cursus, et pas simplement les séjours a l’étrangers. C’est en troisième année que tout ce joue pour vous, aussi bien dans les études que dans la tête !